L'épisiotomie — cette incision chirurgicale du périnée pratiquée lors de l'expulsion pour faciliter la sortie du bébé — reste l'une des plus grandes appréhensions des futures mères. Si son taux a chuté de manière spectaculaire en France, passant de 55,5 % en 1995 à 8,3 % en 2021 selon les Enquêtes Nationales Périnatales de l'INSERM, il demeure encore de 16,5 % chez les femmes qui accouchent pour la première fois. Au-delà du geste lui-même, ce sont ses conséquences qui inquiètent : douleurs post-partum, dyspareunies persistantes chez près de 30 % des femmes concernées, séquelles posturales insidieuses — le corps compensant la douleur périnéale par des postures de protection (bascule du bassin, contraction abdominale réflexe) qui génèrent des tensions lombaires et sacro-iliaques prolongeant la gêne bien au-delà de la cicatrisation — et un impact psychologique souvent sous-estimé. Il faut aussi mentionner le risque hémorragique : une épisiotomie pratiquée de façon libérale (non restrictive) augmente le risque d'hémorragie du post-partum. Dans ce contexte, l'épisiotomie et sa prévention par l'ostéopathie pendant la grossesse suscitent un intérêt croissant. Sarah Rokia, ostéopathe pour femme enceinte à Aix-en-Provence, accompagne régulièrement des futures mères dans la préparation de leur bassin et de leur périnée à l'accouchement, avec une approche globale et personnalisée.
Le plancher pelvien forme un véritable hamac musculaire tendu entre le pubis, les ischions, le sacrum et le coccyx. C'est le dernier obstacle que le bébé doit franchir avant de naître. Durant la grossesse, l'hormone relaxine assouplit progressivement les tissus mous — muscles, ligaments, tendons — pour préparer le corps à l'accouchement. Pourtant, un périnée peut rester excessivement rigide en raison de tensions préexistantes, de contractures musculaires anciennes ou simplement d'un manque de préparation.
Le mécanisme est simple à comprendre : un tissu peu extensible, soumis à la pression de la tête du bébé lors de l'expulsion, risque soit de se déchirer spontanément, soit de nécessiter une épisiotomie pour éviter une déchirure incontrôlée. Les primipares — les femmes qui accouchent pour la première fois — sont les plus exposées à ce risque, car leur périnée n'a jamais subi cette distension. C'est précisément pour cette population que la préparation périnéale prénatale s'avère la plus bénéfique.
La chute du taux d'épisiotomie ces dernières années (de 20,1 % en 2016 à 8,3 % en 2021) est souvent présentée comme une victoire. Mais l'ENP 2021 documente un paradoxe qu'il convient de ne pas ignorer : cette baisse s'est accompagnée d'une hausse des déchirures périnéales non suturées de grades 1 et 2, passées de 51,3 % à 58,8 % sur la même période. Plus préoccupant encore, chez les femmes nullipares ayant accouché par forceps ou spatules, le taux de LOSA (déchirures graves de 3e et 4e degrés) a bondi de 2,6 % en 2010 à 9,6 % en 2021, selon l'étude EPOPé/INSERM publiée dans PLOS Medicine en janvier 2025. Ce constat renforce l'intérêt d'une préparation périnéale active en amont de l'accouchement, sans pour autant diaboliser l'épisiotomie lorsqu'elle est médicalement justifiée.
On l'oublie souvent, mais le coccyx joue un rôle central lors de l'accouchement. Point d'ancrage du plancher pelvien, il doit effectuer des mouvements de bascule appelés nutation et contre-nutation — c'est-à-dire des mouvements de balancement du sacrum — pour permettre à la tête du bébé de s'orienter correctement dans le bassin. Lorsque le coccyx est bloqué, en flexion ou en extension, ou qu'une articulation sacro-iliaque est tendue, le diamètre de sortie du bassin se réduit mécaniquement.
La conséquence est directe : davantage de contraintes s'exercent sur le périnée, augmentant le risque de traumatisme obstétrical. Imaginez un passage déjà étroit dont on réduirait encore la largeur — les tissus alentour subissent une pression considérablement plus forte.
Il faut toutefois garder à l'esprit que certains facteurs de risque ne peuvent pas être modifiés par la préparation : la macrosomie fœtale (un bébé de plus de 4 kg), l'extraction instrumentale par forceps ou ventouse, une présentation dystocique ou encore une durée des efforts expulsifs dépassant 30 minutes. Ces situations peuvent imposer l'épisiotomie indépendamment de toute préparation périnéale.
Exemple concret : Mélanie Arnoux, 31 ans, a consulté Sarah Rokia à 30 semaines de grossesse pour une douleur au coccyx apparue au 6e mois. L'examen ostéopathique a révélé un coccyx bloqué en rétroversion, conséquence d'une chute ancienne en roller à l'adolescence. Après deux séances (à 30 et 36 semaines d'aménorrhée) ciblant la décompression coccygienne et le relâchement des ligaments sacro-coccygiens, combinées au massage périnéal débuté à 34 semaines, Mélanie a accouché de son premier enfant de 3,4 kg en position latérale, sans épisiotomie ni déchirure nécessitant suture. Si la préparation ne garantit jamais ce résultat, elle a permis dans son cas de restaurer la mobilité du coccyx et d'optimiser le diamètre de sortie du bassin.
Lors d'une séance prénatale ciblée, l'ostéopathe intervient sur plusieurs niveaux complémentaires. Le travail commence par le relâchement des tensions musculaires et fasciales du plancher pelvien, à l'aide de techniques myofasciales exclusivement externes — en France, aucune technique intravaginale n'est autorisée dans le cadre de l'ostéopathie. L'objectif est de redonner de la souplesse aux tissus qui devront se distendre lors du passage du bébé.
L'ostéopathe procède ensuite à l'équilibrage du bassin dans son ensemble : articulations sacro-iliaques, symphyse pubienne, os iliaques, ligaments sacro-coccygiens. La décompression du coccyx et du sacrum vise à restaurer leur mobilité physiologique, essentielle aux mouvements de nutation que nous avons décrits plus haut.
Un aspect souvent méconnu de cette prise en charge est le travail sur le diaphragme. Ce muscle respiratoire fonctionne en synergie directe avec le périnée : une femme qui ne maîtrise pas sa respiration abdominale génère des pressions mal coordonnées sur son plancher pelvien lors des efforts expulsifs. En rétablissant l'amplitude et la mobilité du diaphragme, l'ostéopathe contribue à une meilleure coordination lors de la poussée.
Enfin, l'ostéopathe joue un véritable rôle pédagogique. Il prend le temps d'expliquer l'anatomie du périnée, de montrer les étirements et les exercices de mobilisation du bassin à pratiquer chez soi, et de conseiller les positions d'accouchement les plus favorables :
L'ostéopathe peut également conseiller à la patiente d'informer l'équipe obstétricale (obstétricien ou sage-femme) de la démarche de préparation réalisée, afin que celle-ci puisse adapter si possible les positions d'accouchement proposées le jour J — ces positions verticales étant précisément celles qui maximisent l'ouverture du bassin et minimisent les contraintes périnéales.
À noter : La préparation périnéale gagne à être associée à d'autres approches complémentaires : yoga prénatal, Pilates prénatal, exercices d'assouplissement du bassin enseignés par l'ostéopathe lors de la séance, et cours de préparation à l'accouchement avec une sage-femme (abordant notamment les techniques de poussée, la gestion du souffle et les positions favorisant la dilatation). L'ensemble de ces méthodes converge vers un même objectif : préparer les tissus et les articulations à la distension de l'accouchement, tout en apprenant à la future mère à gérer activement ses efforts le jour J.
La première séance d'ostéopathie prénatale ciblée sur le périnée est idéalement programmée entre le 7e et le 8e mois de grossesse, soit entre 28 et 32 semaines d'aménorrhée. À ce stade, le bassin commence à se préparer activement à l'accouchement. L'ostéopathe évalue la mobilité du bassin, les tensions du périnée et la position du coccyx, puis agit avant que les contraintes mécaniques de fin de grossesse ne s'installent durablement.
Une séance complémentaire vers 36 semaines d'aménorrhée permet d'affiner le travail, en coordination avec le début du massage périnéal à domicile. En règle générale, deux consultations prénatales ciblées suffisent pour obtenir un effet notable sur la mobilité du bassin et la souplesse des tissus. Un cas particulier mérite une attention immédiate : si vous souffrez de douleurs au coccyx pendant la grossesse — une coccygodynie —, consultez sans attendre. Un coccyx bloqué en rétroversion peut réduire significativement le diamètre de sortie du bassin et aggraver les contraintes mécaniques le jour de l'accouchement.
La référence scientifique la plus solide en matière de préparation périnéale prénatale reste la méta-analyse Cochrane de Beckmann et Garrett (2013), portant sur 4 essais cliniques randomisés incluant 2 497 femmes. Ses conclusions sont claires : le massage périnéal prénatal réduit significativement le risque d'épisiotomie chez les primipares, avec un risque relatif de 0,84. Chez les multipares (femmes ayant déjà accouché), le massage ne réduit pas statistiquement le risque d'épisiotomie, mais il diminue significativement la douleur périnéale à 3 mois post-partum (RR = 0,45 ; IC 95 % : 0,24-0,87 ; NNTB = 13). À noter que le massage périnéal ne réduit pas le risque d'accouchement instrumental ni les troubles de la continence urinaire ou anale. Le CNGOF, dans ses recommandations de 2018, encourage cette pratique avec un niveau de preuve Grade B.
Le protocole validé est précis : démarrer à 34-36 semaines d'aménorrhée (soit au plus tard à 34 semaines de grossesse), pratiquer au minimum 3 à 4 fois par semaine, en insérant les pouces à 3-4 centimètres dans le vagin pour effectuer des mouvements en U, avec une pression douce mais ferme maintenue 1 à 2 minutes. Une huile végétale adaptée facilite le geste. La régularité compte davantage que la durée de chaque séance : l'efficacité statistiquement démontrée requiert au minimum 6 à 8 semaines de pratique avant l'accouchement — ce qui impose de ne pas attendre 36 SA pour commencer, mais de démarrer dès 34 semaines de grossesse.
Conseil : Le massage périnéal est contre-indiqué dans quatre situations précises : placenta praevia, infection vaginale active, rupture prématurée des membranes, ou antécédents de cerclage cervical. Dans chacun de ces cas, la consultation préalable d'un médecin ou d'une sage-femme est obligatoire avant toute préparation périnéale. Par ailleurs, le dispositif Epi-No (dilatateur périnéal gonflable commercialisé comme alternative au massage digital) n'est pas recommandé par le CNGOF 2018 (Grade B) pour prévenir les LOSA et ne doit pas être considéré comme une méthode validée de préparation périnéale.
Ce qui rend ces deux approches véritablement complémentaires, c'est qu'elles n'agissent pas sur les mêmes structures. L'ostéopathie cible les structures ostéo-articulaires et fasciales profondes — mobilité du sacrum, décompression coccygienne, équilibrage des articulations sacro-iliaques. Le massage périnéal, lui, travaille directement l'extensibilité des tissus superficiels et profonds du plancher musculaire. L'une ne remplace pas l'autre.
Que peut-on raisonnablement espérer de cette combinaison ? Une réduction des tensions, une meilleure extensibilité tissulaire, une descente plus harmonieuse du bébé dans le bassin. Mais il serait malhonnête de promettre l'absence d'épisiotomie : lorsque des facteurs obstétricaux l'imposent, ni l'ostéopathie ni le massage ne peuvent s'y substituer. Il est également important de noter que les exercices de Kegel ne préviennent pas les lésions périnéales à l'accouchement selon le CNGOF (2018, NP2). Pendant la grossesse, l'objectif n'est pas de renforcer le périnée, mais d'apprendre à le relâcher pour qu'il puisse se laisser distendre. Toutefois, les exercices de Kegel conservent une utilité démontrée après l'accouchement : ils réduisent de façon significative l'incontinence urinaire dans les 3 à 6 mois du post-partum. Leur place se situe donc dans la rééducation périnéale post-natale, et non dans la préparation prénatale.
Autre nuance essentielle : ni l'ostéopathie ni le massage périnéal n'ont démontré de réduction significative des LOSA, c'est-à-dire des déchirures graves de 3e et 4e degrés atteignant le sphincter anal. Leur bénéfice porte principalement sur les traumatismes modérés et le recours à l'épisiotomie.
La préparation prénatale ne s'arrête pas le jour de l'accouchement. Une séance ostéopathique programmée entre 6 et 8 semaines après la naissance (une fois la cicatrisation suffisante) complète utilement la rééducation périnéale prescrite par la sage-femme. Cette consultation permet de traiter les compensations posturales installées pendant la grossesse et l'accouchement — tensions lombaires, déséquilibres sacro-iliaques, restriction de mobilité du coccyx — et de favoriser une récupération globale du bassin.
À noter : En cas de douleur persistante en position assise au-delà de 2 semaines après l'accouchement, ou de gêne à la miction ou aux rapports sexuels, la sage-femme doit être consultée en priorité avant l'ostéopathe. Ces symptômes peuvent signaler une complication (déchirure mal cicatrisée, infection, neuropathie) nécessitant un diagnostic médical préalable. L'ostéopathie intervient en complément, jamais en remplacement du suivi médical post-partum.
Si vous souhaitez préparer votre périnée à l'accouchement à Aix-en-Provence, Sarah Rokia vous accompagne dès le 7e mois de grossesse pour un bilan complet du bassin. Son approche globale intègre l'évaluation de la mobilité pelvienne, le travail sur le coccyx, le sacrum et le diaphragme, ainsi que des conseils personnalisés sur le massage périnéal et les positions d'accouchement. Chaque consultation débute par un échange approfondi pour adapter la prise en charge à votre histoire, vos antécédents et vos besoins spécifiques. Pour prendre rendez-vous ou poser vos questions, n'hésitez pas à contacter le cabinet.